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Phobie scolaire, refus scolaire anxieux : ce que l’on sait, et les aides prévues
Un enfant qui ne parvient plus à aller à l’école, alors qu’il le voudrait, n’est ni paresseux ni capricieux. Ce dossier rassemble ce qu’en disent l’Éducation nationale, l’Inserm et l’Assurance maladie, et les aides auxquelles une famille peut prétendre. Il ne remplace pas un avis médical.
De la « phobie scolaire » au « refus scolaire anxieux »
« Phobie scolaire » reste le mot que tout le monde cherche, mais les soignants et l’Éducation nationale parlent aujourd’hui de refus scolaire anxieux, que l’Inserm présente comme le terme consensuel. Le refus scolaire anxieux s’observe, selon la définition de la pédopsychiatre Laelia Benoit, « lorsqu’un élève, en l’absence de conduite antisociale, présente une vive détresse émotionnelle face à l’école, qu’il évite malgré les efforts raisonnables de ses parents pour l’y ramener ».
Le guide national de l’Éducation nationale sur l’accompagnement pédagogique à domicile, publié en octobre 2024, emploie ce terme et le définit par ses symptômes : un « retrait de l’école avec anxiété évidente ou masquée ». Les textes réglementaires, eux, parlent de « troubles scolaires anxieux ». Les trois expressions désignent la même réalité.
Combien d’enfants sont concernés ?
On ne le sait pas précisément. L’Inserm le dit sans détour : le phénomène est « délicat à quantifier en France, car l’Éducation nationale ne mesure que l’absentéisme », et l’absentéisme n’est pas le refus scolaire anxieux. Les estimations internationales citées par l’Inserm se situent entre 1 et 2 % des élèves, de la maternelle au lycée. Le guide de l’Éducation nationale avance une fourchette de 1 à 5 % des élèves, avec trois âges plus exposés : vers 5-6 ans, vers 10-11 ans et entre 13 et 15 ans.
Deux faits sont mieux établis. Le refus scolaire anxieux était, en 2022-2023, le premier motif de demande d’accompagnement pédagogique à domicile, à l’hôpital ou à l’école (APADHE). Et dans l’étude conduite par l’Inserm sur plus de sept cents dossiers, près de la moitié des élèves avaient été victimes de harcèlement, d’insultes ou de menaces.
Les signes qui doivent alerter
Le guide de l’Éducation nationale distingue deux façons dont le refus s’installe :
- progressivement : des absences perlées, souvent justifiées, accompagnées de symptômes physiques ; des absences ciblées en EPS, aux évaluations, aux oraux ;
- brutalement : une absence massive, souvent au retour des vacances, parfois après un événement — un déménagement, un changement d’établissement, la maladie ou le décès d’un proche.
Les plaintes du matin sont typiques : maux de ventre pouvant aller jusqu’aux vomissements, maux de tête, troubles du sommeil, crises de panique, « insomnie du dimanche soir ». Ces « petits bobos » disparaissent pendant les vacances. Une baisse des résultats, un isolement dans la cour, des passages répétés à l’infirmerie doivent aussi alerter.
À qui s’adresser
À l’école, l’équipe ressource réunit le médecin et l’infirmier de l’Éducation nationale, le psychologue de l’Éducation nationale et l’assistant de service social. C’est par elle que passent les aménagements décrits plus bas. Le ministère rappelle qu’« une rescolarisation sans soin est souvent vouée à l’échec » : l’école seule ne suffit pas.
Du côté de la santé, l’Assurance maladie décrit plusieurs portes d’entrée :
- le médecin traitant, souvent en première ligne, qui peut orienter vers un psychologue ou un psychiatre ;
- le dispositif Mon soutien psy, ouvert aux enfants dès 3 ans : une séance d’évaluation, puis une à onze séances d’accompagnement ;
- le centre médico-psychologique (CMP), établissement public dont les consultations sont entièrement prises en charge, et le centre médico-psycho-pédagogique (CMPP), qui reçoit jusqu’à 20 ans ;
- la Maison des adolescents, à partir de 11-12 ans, anonymement, gratuitement et sans rendez-vous — elle reçoit aussi les parents.
En cas d’urgence, le guide de l’Éducation nationale renvoie au 15 ou au 3114, le numéro national de prévention du suicide.
Ce que l’école peut aménager
Le projet d’accueil individualisé (PAI). La circulaire de 2021 l’ouvre explicitement aux troubles psychiques, dont les « troubles scolaires anxieux ». Il est élaboré avec l’élève et ses parents, à leur demande ou avec leur accord, en lien avec le médecin de l’Éducation nationale, et peut être révisé à tout moment à la demande de la famille. Le guide de 2024 en fait l’outil central : emploi du temps aménagé, arrivées décalées, lieu d’accueil dédié, possibilité de sortir de classe, retour progressif annoncé dès le départ.
L’accompagnement pédagogique à domicile, à l’hôpital ou à l’école (APADHE). Il s’adresse à l’élève dont la scolarité risque d’être interrompue, pour raison de santé physique ou psychique, au moins deux semaines consécutives hors vacances, ou trois semaines discontinues pour une maladie longue. La famille, comme l’école, peut en faire la demande auprès du directeur académique, par l’intermédiaire de l’enseignant coordonnateur de l’APADHE ; les éléments médicaux vont au médecin de l’Éducation nationale sous pli confidentiel. Il représente en principe jusqu’à six heures par semaine, pour deux à trois mois renouvelables, et se déroule de préférence dans l’établissement ou dans un lieu tiers, comme une médiathèque, pour préparer le retour.
Le ministère juge préférable de ne pas traiter le refus scolaire anxieux comme un handicap ; seuls les cas sévères relèvent de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) et d’un accompagnant (AESH).
Le Cned et l’instruction en famille
Depuis la loi de 2021, une scolarité complète au Cned pour un enfant de 3 à 16 ans suppose d’abord une autorisation d’instruction en famille. L’état de santé de l’enfant en est le premier motif prévu par l’article L. 131-5 du code de l’éducation. La demande comprend un certificat médical de moins d’un an, sous pli fermé, transmis au médecin de l’Éducation nationale, et l’autorisation peut couvrir jusqu’à trois années scolaires. Pour ce motif, la demande peut être faite en cours d’année si le problème est apparu après le 31 mai. Une autorisation accordée pour ce motif vaut avis favorable pour une inscription au Cned « réglementé », dont les frais sont pris en charge par le ministère. Le ministère recommande toutefois le Cned partiel plutôt que complet.
Lorsque l’intégrité physique ou morale de l’enfant est menacée — ce qui s’établit avec le directeur de l’école —, la famille peut instruire l’enfant en famille dès le dépôt de la demande, sans attendre la réponse. Le directeur académique a deux mois pour répondre, et son silence vaut acceptation. Le détail de ces démarches, et de tout changement d’école en cours d’année, est dans notre dossier changer d’école en cours d’année.
Les soins-études
Pour les situations les plus lourdes, qui demandent une hospitalisation, la Fondation Santé des Étudiants de France, reconnue d’utilité publique, accueille les 10-25 ans dans treize cliniques à but non lucratif adossées à des annexes de collèges et de lycées publics, où la scolarité continue pendant les soins. L’admission se demande directement auprès des cliniques.
Ne pas rester seul
L’Association Phobie Scolaire, fondée en 2008 par des parents, reconnue d’intérêt général et tenue par des bénévoles, propose des correspondants dans les régions, des groupes de partage, des réunions d’accueil en visioconférence et des courriers types pour les démarches auprès de l’école et de l’administration.
Et une école démocratique ?
La question nous est posée, et nous lui devons une réponse honnête. Les textes officiels visent un retour dans l’établissement d’origine, accompagné de soins. Nous n’avons trouvé aucune étude sur des enfants en refus scolaire anxieux qui rejoignent une école démocratique ou un établissement hors contrat. Nous ne dirons donc pas qu’une telle école les soigne, ni qu’elle leur convient mieux qu’une autre.
Ce que l’on peut décrire, c’est ce qui y change : ni programme imposé, ni rythme scolaire fixé d’avance, ni classe d’âge, et des règles votées par les enfants comme par les adultes. Certaines familles y voient une piste ; c’est une décision à prendre avec l’équipe qui soigne l’enfant, et c’est l’école elle-même qui étudie chaque demande. Pour comprendre ce modèle avant d’en juger, lisez ce qu’est une école démocratique et les questions que posent les familles.
Sources
- DGESCO — Guide de bonnes pratiques APADHE, version octobre 2024
- Éduscol — Élèves temporairement éloignés de l’école pour raisons de santé (janvier 2026)
- Circulaire du 3 août 2020 sur l’APADHE, BO n° 32 du 27 août 2020
- Circulaire sur le projet d’accueil individualisé, BO n° 9 du 4 mars 2021
- Réponse ministérielle à la question écrite n° 21240, JO du 17 décembre 2019
- Inserm Magazine n° 55, décembre 2022 — dossier sur le refus scolaire anxieux
- Ameli — Souffrance psychique : se faire aider (15 juillet 2026)
- Fil Santé Jeunes — La phobie scolaire (mise à jour du 9 mars 2022)
- Code de l’éducation, article L. 131-5
- Code de l’éducation, articles R. 131-11 et suivants (décret n° 2022-182 du 15 février 2022)
- Ministère de l’Éducation nationale — L’instruction dans la famille
- Académie de Paris — Inscription au Cned
- Fondation Santé des Étudiants de France — Les soins-études
- Association Phobie Scolaire
Cette page rassemble des informations publiques. Elle n’est ni un avis médical ni un conseil juridique, et ne remplace pas l’évaluation d’une situation par un médecin ou par l’académie compétente. Les sources citées ont été lues le .