Aller au contenu
Les Ami·e·sdes Écoles Démocratiques
Rendez-vous

Ressources

Harcèlement scolaire : que faire, et ce que dit la loi

Quand un enfant est harcelé, les parents ont besoin de savoir à qui parler, dans quel ordre, et ce que l’école est tenue de faire. Ce dossier rassemble les démarches et les règles, de l’école primaire au lycée, telles qu’elles se lisent dans le code de l’éducation, le code pénal et les pages officielles.

Ce qu’est le harcèlement scolaire

Depuis la loi du 2 mars 2022, le code de l’éducation pose un principe : « Aucun élève ou étudiant ne doit subir de faits de harcèlement résultant de propos ou comportements, commis au sein de l’établissement d’enseignement ou en marge de la vie scolaire […] et ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de dégrader ses conditions d’apprentissage » (article L. 111-6).

C’est aussi un délit. Le code pénal le définit à partir du harcèlement moral : des propos ou comportements répétés qui dégradent les conditions de vie de la victime. La répétition peut venir de plusieurs élèves, de façon concertée ou non, même si chacun n’a agi qu’une fois. Le harcèlement est scolaire lorsqu’il vise un élève et qu’il est commis par une personne du même établissement, et il le reste si l’auteur ou la victime quitte l’établissement.

Combien d’élèves sont concernés ?

D’après la DEPP (enquête de novembre 2025, publiée en juin 2026), 3 % des écoliers du CE2 au CM2, 4 % des collégiens et 2 % des lycéens peuvent être considérés en situation de harcèlement ; 13 % des élèves du primaire, 6 % des collégiens et 5 % des lycéens sont dans une situation « à surveiller ». Ces chiffres viennent d’un questionnaire passé par un échantillon d’élèves du public et du privé sous contrat. Depuis 2025, ils ne se comparent plus à ceux des années précédentes, la méthode ayant changé.

Que faire : les démarches dans l’ordre

  1. Étape 1

    Écouter l’enfant et garder des traces

    Notez les faits, avec leurs dates. Pour le cyberharcèlement, service-public recommande de conserver captures d’écran, courriels, enregistrements, attestations de témoins et, le cas échéant, un certificat médical.

  2. Étape 2

    Alerter l’école

    Le ministère est clair : « il est impératif de le signaler à l’établissement ». Les interlocuteurs sont le directeur ou le chef d’établissement, l’équipe ressource ou le coordonnateur harcèlement, et, à l’école primaire, l’inspecteur de la circonscription.

  3. Étape 3

    Appeler le 3018

    Le numéro national unique contre le harcèlement et le cyberharcèlement, opéré par l’association e-Enfance : gratuit, anonyme, ouvert tous les jours de 9 h à 23 h, aussi joignable par application et par tchat.

  4. Étape 4

    Saisir le référent du département

    Chaque direction académique dispose d’un responsable de la lutte contre le harcèlement à temps plein, chargé de traiter un signalement « avec la famille et l’école ou l’établissement concerné, jusqu’à la résolution de la situation ».

  5. Étape 5

    Porter plainte si nécessaire

    Au commissariat, à la gendarmerie, ou par courrier au procureur de la République. Selon service-public, une victime mineure est accompagnée de son représentant légal (parent, tuteur ou administrateur ad hoc), et le délai de prescription est de six ans.

Le cyberharcèlement

Les messages, publications et vidéos se conservent avant d’être signalés : captures d’écran, liens, dates. Service-public indique qu’un commissaire de justice peut établir un constat, à titre payant. Les contenus se signalent à la plateforme qui les héberge, au 3018, dont l’association a le statut de « signaleur de confiance » désigné par l’Arcom, et à la plateforme Pharos du ministère de l’Intérieur. Pour la plainte, la prescription de six ans court, selon service-public, à partir du dernier acte.

Ce que l’école doit faire

Partout. Le programme pHARe est obligatoire dans chaque école, collège et lycée depuis la rentrée 2023. Il prévoit des équipes ressources formées, au moins dix heures de sensibilisation par an pour chaque élève, un questionnaire annuel du CE2 à la terminale et un protocole national de traitement des situations, fondé sur « le recueil de la parole de l’élève victime et la réponse systématique et proportionnée de l’institution ».

Au collège et au lycée, selon service-public, l’établissement protège la victime (un adulte référent, une vigilance renforcée), informe ses parents et signale les faits ; s’ils sont graves et persistants, le chef d’établissement les signale au procureur. Il est tenu d’engager une procédure disciplinaire contre l’auteur (article R. 421-10), qui peut aller jusqu’à l’exclusion définitive ; l’élève exclu est alors inscrit d’office dans un autre établissement (article D. 511-43).

À l’école primaire, le directeur réunit l’équipe éducative et met en œuvre, avec les parents de l’élève en cause, des mesures éducatives. Il peut suspendre l’accès de cet élève à l’école pendant cinq jours au plus. Si le comportement persiste, le directeur académique peut demander au maire de radier l’élève et de l’inscrire dans une autre école de la commune, sans que l’accord de ses parents soit nécessaire ; il y bénéficie d’un suivi renforcé (article R. 411-11-1). C’est l’auteur qui change d’école, pas la victime.

Les peines encourues

Pour un auteur majeur, le harcèlement scolaire est puni de trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende lorsqu’il a causé une incapacité totale de travail de huit jours au plus ou aucune ; de cinq ans et 75 000 € au-delà de huit jours ; de dix ans et 150 000 € lorsque les faits ont conduit la victime à se suicider ou à tenter de le faire (article 222-33-2-3 du code pénal).

Pour un auteur mineur, service-public indique qu’aucune peine de prison n’est possible avant 13 ans, où s’appliquent des dispositifs éducatifs ; à partir de 13 ans, les peines maximales sont réduites : un an et demi, deux ans et demi ou cinq ans d’emprisonnement selon les mêmes cas, et 7 500 € d’amende.

Si c’est votre enfant qui est mis en cause

À l’école primaire, la loi prévoit d’associer ses parents aux mesures éducatives décidées par le directeur avant toute autre étape ; au collège et au lycée, une procédure disciplinaire est engagée, avec les droits de la défense qu’elle comporte, et elle est obligatoire. À l’école primaire, coopérer avec l’équipe dès le premier entretien permet de traiter la situation au stade des mesures éducatives, avant les étapes suivantes que décrivent les textes.

Quand rester devient impossible

Pour l’enfant harcelé, les textes ne prévoient pas de procédure de changement d’école qui lui soit propre : restent les voies ordinaires décrites dans notre dossier changer d’école en cours d’année. Lorsque, après concertation avec le directeur, il est établi que son intégrité physique ou morale est menacée, ses parents peuvent aussi l’instruire en famille dès le dépôt de la demande d’autorisation, sans attendre la réponse (article L. 131-5) : voir notre dossier sur l’instruction en famille.

Le harcèlement laisse parfois des traces au-delà des faits. Dans une étude rapportée par l’Inserm sur 1 328 élèves en refus scolaire anxieux, près de la moitié en avaient été victimes : notre dossier sur la phobie scolaire décrit ce trouble et les aides prévues.

Et une école démocratique ?

Aucune école n’est à l’abri du harcèlement, et nous ne prétendrons pas le contraire. Ce qui change dans une école démocratique, c’est la façon dont les règles se font : elles sont votées par une assemblée où chaque enfant et chaque adulte dispose d’une voix, et, selon les écoles, c’est aussi elle qui arbitre les conflits. Pour comprendre ce fonctionnement, lisez ce qu’est une école démocratique et les questions que posent les familles.

Rencontrer l’École Démocratique de Paris

Prenez rendez-vous avec Yazid Arifi, président de l’association et administrateur de l’École Démocratique de Paris : fonctionnement de l’école, cadre légal, situation scolaire de votre enfant. Sans engagement. Notre association ne scolarise pas d’enfants : l’admission relève de l’équipe de l’école.

En cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112 ; pour un harcèlement, le 3018, gratuit et anonyme.

Sources

Cette page présente les règles générales telles qu’elles se lisent dans les textes et les pages officielles. Elle n’est pas un conseil juridique. Les sources citées ont été lues le .