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Décrochage scolaire : que faire quand un collégien ou un lycéen décroche
Votre fils ou votre fille s’absente, ne fait plus rien en classe ou parle d’arrêter. Ce dossier rassemble ce qu’en disent l’Éducation nationale, l’Onisep et le service public : à qui s’adresser, dans quel ordre, quels dispositifs existent avant et après 16 ans. Il ne promet aucun résultat.
Décrochage scolaire : de quoi parle-t-on ?
L’Onisep appelle « décrocheur » un élève qui « quitte ou risque d’abandonner le système scolaire sans avoir obtenu de diplôme (CAP, bac pro ou bac) ». Le code de l’éducation fixe un seuil voisin : l’article L. 122-2 prévoit que tout élève qui n’a pas atteint, à l’issue de la scolarité obligatoire, un diplôme ou un titre professionnel de niveau 3 du répertoire national des certifications professionnelles doit pouvoir poursuivre des études pour l’obtenir.
Le ministère insiste sur un point : le décrochage « n’est pas un phénomène uniforme et homogène », il « se matérialise par autant de trajectoires individuelles et d’histoires de vie » et s’explique par « une combinaison de facteurs de risques internes et externes à l’École ». La réponse, conclut-il, « ne peut donc être univoque ».
Combien de jeunes sont concernés ?
Sur sa page consacrée à la lutte contre le décrochage, le ministère donne un taux d’abandon scolaire de 7,6 % en 2023, contre 11,3 % en 2010 et 8,2 % en 2018 (Repères et références statistiques 2024 de la DEPP). Ce taux correspond à l’indicateur européen des « sortants précoces » : les personnes de 18 à 24 ans qui ont terminé au plus le premier cycle de l’enseignement secondaire et qui ne suivent plus ni études ni formation, selon la définition d’Eurostat.
Pour la France, Eurostat publie 7,2 % en 2025, mais signale une rupture de série en 2024 et une définition qui diffère : la comparaison avec les années précédentes demande de la prudence. La moyenne de l’Union européenne est de 9,1 % en 2025, et l’objectif fixé pour 2030 est un taux inférieur à 9 %. En nombre, le ministère cite, d’après la DEPP, une moyenne de 76 000 jeunes sortis chaque année sans qualification (chiffre de 2021).
Ces chiffres comptent des jeunes déjà sortis de formation : ils ne disent rien des élèves encore en classe mais désengagés.
Les signes qui doivent alerter
Le ministère décrit la formation de ses personnels comme une sensibilisation aux « signes précurseurs du décrochage » :
- la passivité en classe ;
- une modification du comportement ;
- l’isolement ;
- une baisse des résultats scolaires ;
- les retards et l’absentéisme.
L’Onisep présente l’absentéisme comme l’un des premiers pas vers le décrochage, et décrit ce que vit un parent à ce stade : l’enfant délaisse ses études, manque des cours, et l’établissement vous contacte souvent. Il cite aussi un élève qui se désintéresse des cours, se décourage à cause de ses résultats ou peine à s’adapter à sa filière.
Une partie de ces signes concerne un élève qui vient en cours : la passivité, le changement de comportement, l’isolement. Le décrochage peut donc être silencieux : un élève présent en classe, mais qui n’y est plus.
Décrochage, ou souffrance qui ne dit pas son nom ?
Un élève qui n’y arrive plus n’est pas toujours un élève qui ne veut plus. À propos du refus scolaire anxieux, l’Inserm note que, lorsque les parents sont éloignés du système et ne réagissent pas, « l’établissement va bien souvent voir dans les absences de ces élèves un décrochage plutôt qu’une détresse émotionnelle ». Si l’absence s’accompagne d’une angoisse manifeste, lisez notre dossier sur la phobie scolaire et le refus scolaire anxieux, qui distingue les deux situations. Si l’école est devenue un lieu où l’enfant a peur, celui sur le harcèlement scolaire détaille les démarches.
Selon l’Assurance maladie, les parents sont souvent les plus compétents pour distinguer le fonctionnement normal de la souffrance de leur adolescent, et elle les invite à en parler à leur médecin traitant, qui est souvent en première ligne et peut orienter vers un psychologue ou un psychiatre. Les points accueil écoute jeunes (PAEJ) reçoivent les 12-25 ans, dont ceux confrontés au décrochage scolaire : entretiens gratuits et confidentiels, sans rendez-vous, avec ou sans les parents, qui peuvent aussi venir seuls. Un PAEJ n’est pas un lieu de soins.
Ce que dit la loi, avant et après 16 ans
De 3 à 16 ans, l’instruction est obligatoire (article L. 131-1) : à l’école ou, sur autorisation, en famille. Les personnes responsables doivent faire connaître « sans délai » au directeur le motif de chaque absence (article L. 131-8). Lorsque, malgré l’invitation du directeur, les motifs n’ont pas été donnés ou se révèlent inexacts, ou que l’enfant a manqué au moins quatre demi-journées dans le mois sans motif légitime ni excuses valables, le directeur saisit l’autorité académique, qui adresse un avertissement aux responsables, leur rappelle les sanctions pénales applicables et les informe des dispositifs d’accompagnement parental. Si le défaut d’assiduité persiste, le directeur réunit la communauté éducative pour leur proposer « une aide et un accompagnement adaptés et contractualisés », et un personnel d’éducation référent est désigné.
Après 16 ans, deux textes comptent. L’article L. 122-2 dispose que tout mineur a le droit de poursuivre sa scolarité au-delà de seize ans, et que tout jeune qui sort du système éducatif sans diplôme bénéficie d’une durée complémentaire de formation qualifiante, qui peut prendre la forme d’un droit au retour en formation initiale sous statut scolaire. Le ministère précise que ce droit au retour concerne les jeunes de 16 à 25 ans.
L’article L. 114-1 rend la formation obligatoire jusqu’à la majorité. Après l’instruction obligatoire, l’obligation est remplie lorsque le jeune poursuit sa scolarité dans un établissement public ou privé, est apprenti ou stagiaire de la formation professionnelle, occupe un emploi, effectue un service civique ou bénéficie d’un dispositif d’accompagnement ou d’insertion. Le respect de cette obligation entre 16 et 18 ans est contrôlé par les missions locales. Selon le ministère, si l’acteur chargé de joindre un jeune qui a quitté l’école n’y parvient pas, c’est son représentant légal qui est contacté.
Qui contacter, et dans quel ordre
- D’abord, l’établissement. L’Onisep conseille de demander un entretien au professeur principal, au conseiller principal d’éducation (CPE), au chef d’établissement ou au psychologue de l’Éducation nationale, qui présentent des solutions pour prévenir le décrochage. Un bilan détermine les matières en difficulté et les pistes : aménagement, tutorat, changement de spécialité, réorientation, stage passerelle, formation en un an, alternance.
- Le groupe de prévention du décrochage scolaire (GPDS). Selon le service public, il existe dans tous les collèges et lycées. Il réunit notamment le chef d’établissement, le CPE, le psychologue de l’Éducation nationale, des professeurs et les personnels sociaux et de santé. Chaque jeune repéré se voit proposer un entretien de situation, et un référent « décrochage scolaire » recueille, dans chaque établissement, les situations à examiner.
- Le centre d’information et d’orientation (CIO). Un psychologue de l’Éducation nationale y reçoit votre enfant en entretien individuel pour faire le point sur ses acquis, ses talents et ses centres d’intérêt, puis étudie les solutions de retour en formation. Les CIO sont gratuits.
- Si votre enfant a plus de 16 ans. L’Onisep cite la mission de lutte contre le décrochage scolaire (MLDS), qui accueille les 16-25 ans sur le point de quitter les cours ou sortis du système scolaire depuis moins d’un an, et la mission locale, qui soutient les 16-25 ans sortis du système scolaire ou sans qualification.
- Par téléphone. Le ministère indique un numéro vert, le 0 800 122 500, pour les jeunes de 16 à 18 ans sans école, formation ou emploi et leurs familles ; le conseiller répond depuis la région où habite le jeune.
- Côté santé. Le médecin traitant et les PAEJ, décrits plus haut.
Prévenir le décrochage avant 16 ans, y compris en quatrième
Pour un enfant de moins de 16 ans, le service public écrit que l’établissement doit rechercher des solutions et proposer des actions adaptées à sa situation. Il en décrit plusieurs :
- Devoirs faits : un temps dédié aux devoirs, auquel l’enfant doit être volontaire ;
- le tutorat : des entretiens cadrés avec un adulte volontaire de l’établissement, pour développer l’autonomie et les méthodes de travail ;
- le programme personnalisé de réussite éducative (PPRE), centré surtout sur le français et les mathématiques. Votre accord n’est pas nécessaire pour le mettre en place, mais votre adhésion facilite sa réussite ;
- le parcours aménagé de formation initiale (PAFI) : une sortie temporaire du milieu scolaire, avec des activités encadrées, associatives, culturelles, professionnelles ou sportives. Il faut avoir au moins 15 ans et être volontaire ; l’élève garde son statut scolaire et peut revenir dans son établissement ;
- les dispositifs relais (ateliers relais, classes relais, internats tremplins) : accessibles une fois toutes les possibilités du collège utilisées, et à condition que l’élève soit volontaire ;
- la réorientation vers une autre classe ou un autre établissement, et, sous conditions, un contrat d’alternance à partir de 15 ans.
Reprendre une formation : structures de retour et alternatives
Les réseaux « Formation Qualification Emploi » (FOQUALE) rassemblent, sur un territoire, les établissements, les CIO, la MLDS et les structures de retour à l’école. Pour les jeunes qui ont quitté le système scolaire avant d’avoir obtenu le CAP ou le baccalauréat, les plateformes de suivi et d’appui aux décrocheurs (PSAD), copilotées par les missions locales et les CIO, engagent une prise en charge. Le ministère compte 122 structures de retour à l’école, pour plus de 4 000 élèves. D’après l’Onisep :
- les micro-lycées accueillent les 16-26 ans sortis du système scolaire depuis au moins six mois, en effectifs réduits, pour préparer un bac en un ou deux ans ;
- les lycées de la nouvelle chance ont des critères d’admission qui varient d’un établissement à l’autre ;
- les écoles de la deuxième chance reçoivent les 16-25 ans, en stagiaire de la formation professionnelle rémunéré, avec des stages en entreprise et des séquences de remise à niveau ;
- l’EPIDE accueille en internat, de 8 à 10 mois, des volontaires de 17 à 25 ans qui n’ont ni qualification ni emploi ;
- les écoles de production forment les 15-18 ans en rupture scolaire et sans qualification, sous statut scolaire, à un diplôme professionnel dans six secteurs d’activité en tension ;
- les maisons familiales rurales accueillent dès 14 ans, en alternance et en apprentissage ;
- les lycées expérimentaux s’adressent aux jeunes de plus de 15 ans, volontaires, à la recherche d’une scolarité différente. L’Onisep en compte quatre (le CLE d’Hérouville, le CEPMO d’Oléron, et les lycées autogérés de Paris et de Saint-Nazaire), où la gestion est partagée entre élèves et équipe éducative.
Pour les élèves de lycée professionnel, le ministère décrit aussi le dispositif « Tous droits ouverts » : des élèves volontaires peuvent rejoindre, sous statut scolaire, une structure de proximité comme une mission locale ou une école de la deuxième chance, pendant quatre mois au maximum, puis rester ou réintégrer leur lycée, dont la place est garantie.
Changer d’établissement, ou de façon d’être scolarisé
Un changement d’établissement en cours d’année a ses démarches, que nous détaillons dans notre dossier sur le changement d’école. Avant 16 ans, l’instruction en famille suppose, selon l’article L. 131-5, une autorisation de l’autorité académique, accordée pour l’un de quatre motifs : l’état de santé ou le handicap de l’enfant, une pratique sportive ou artistique intensive, l’itinérance de la famille ou l’éloignement de tout établissement, ou une situation propre à l’enfant qui motive le projet éducatif. Elle est accordée pour une année scolaire au plus ; pour le motif de santé, elle peut l’être pour plus longtemps. Le détail est dans notre dossier sur l’instruction en famille.
Et une école démocratique ?
La question nous est posée, et nous lui devons une réponse honnête : nous soutenons l’éducation démocratique, donc nous avons un intérêt à vous répondre oui, et nous le disons. Les dispositifs ci-dessus cherchent d’abord à garder ou à ramener un jeune dans un parcours de formation. Nous ne citons aucune étude montrant qu’une école démocratique remotive un adolescent qui a décroché, et nous ne le promettrons pas.
Ce que l’on peut décrire, c’est ce qui y change. L’École Démocratique de Paris, dans le 19e arrondissement, accueille, selon sa page de questions fréquentes, des jeunes de 5 à 18 ans, sans programme prédéfini, sans rythme scolaire imposé et sans classe d’âge. Chacun y définit son parcours d’apprentissage, et les règles sont votées dans une assemblée où chaque personne, enfant ou adulte, dispose d’une voix. Certaines familles y voient une piste quand le cadre classique a cessé de convenir à leur enfant.
Ses limites sont à regarder en face. C’est un établissement privé hors contrat, dont les frais de scolarité sont fixés par l’école : il faut les lui demander. La question du diplôme se pose dès le premier échange, et notre dossier sur le bac et le brevet en candidat libre en détaille les règles. Quant à l’obligation de formation, la loi compte la poursuite de la scolarité dans un établissement public ou privé parmi les façons de la remplir. Notre association ne scolarise pas d’enfants : l’admission relève de l’école, qui étudie chaque demande. L’école est une option parmi d’autres, et elle ne remplace ni le dialogue avec l’établissement actuel, ni la mission locale, ni l’avis d’un médecin si votre enfant va mal.
Pour comprendre ce modèle avant d’en juger, lisez ce qu’est une école démocratique, la page sur l’École Démocratique de Paris et les questions que posent les familles.
Rencontrer l’École Démocratique de Paris
Prenez rendez-vous avec Yazid Arifi, président de l’association et de l’École Démocratique de Paris : fonctionnement de l’école, cadre légal, situation scolaire de votre enfant. Sans engagement. Notre association ne scolarise pas d’enfants : l’admission relève de l’équipe de l’école.
Ce rendez-vous porte sur l’école et sur la situation scolaire de votre enfant.
Sources
- Ministère de l’Éducation nationale : La lutte contre le décrochage scolaire (page du 19 décembre 2025)
- Ministère de l’Éducation nationale : L’obligation de formation des 16-18 ans (page du 9 septembre 2021)
- Service-public : Que peut faire un jeune de moins de 16 ans en décrochage scolaire ? (vérifié le 5 décembre 2025)
- Onisep : Comment aider son enfant sur le point d’arrêter les cours ? (30 mars 2026)
- Onisep : Décrochage scolaire, vers quels interlocuteurs se tourner ? (23 janvier 2024)
- Onisep : Décrochage, les établissements où reprendre des études (1er avril 2026)
- Code de l’éducation, articles L. 131-1 à L. 131-13 : l’obligation scolaire (instruction obligatoire de 3 à 16 ans, article L. 131-1)
- Code de l’éducation, article L. 122-2 (version en vigueur depuis le 1er septembre 2020)
- Code de l’éducation, article L. 114-1 : obligation de formation (version en vigueur depuis le 1er septembre 2020)
- Code de l’éducation, article L. 131-8 : absences et assiduité (version en vigueur depuis le 2 septembre 2019)
- Code de l’éducation, article L. 131-5 : instruction en famille (version en vigueur depuis le 1er septembre 2022)
- Eurostat : Early leavers from education and training (données extraites en avril 2026 ; série edat_lfse_14, mise à jour du 10 septembre 2026)
- Inserm Magazine n° 55, décembre 2022 : dossier sur le refus scolaire anxieux
- Ameli : Souffrance psychique, se faire aider (15 juillet 2026)
Cette page rassemble des informations publiques. Elle n’est ni un avis médical ni un conseil juridique, et ne remplace pas l’évaluation d’une situation par l’établissement, l’académie ou un médecin. Les sources citées ont été lues le .