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Changer de collège en cours d’année : démarches, motifs et recours

Un collégien peut changer d’établissement en cours d’année, mais son inscription n’est jamais automatique : elle dépend des places du collège demandé. La démarche commence toujours par le certificat de radiation, l’exeat, délivré par le collège actuel. La suite dépend de la destination : collège du nouveau secteur après un déménagement, collège hors secteur sur dérogation, établissement privé. Ce dossier reprend les règles du code de l’éducation et des fiches officielles, avec Paris pour exemple, et traite les cas du harcèlement et des parents séparés.

Peut-on changer de collège en cours d’année ?

Oui. Selon la fiche du service public, l’inscription en cours d’année au collège « n’est pas automatique » et « dépend notamment de la capacité d’accueil de l’établissement ». La DEPP, le service statistique du ministère, précise que le changement « peut résulter d’un déménagement ou d’un choix des parents ». Dans le public, les motifs ne comptent que dans un cas : la demande d’un collège hors de votre secteur, lorsque les demandes dépassent les places.

Le cas est fréquent. D’après une note de la DEPP d’octobre 2015, un élève sur cinq avait changé d’établissement au cours de ses années de collège. Le déménagement était le premier motif, cité par 37 % des familles ; le manque de discipline et de sécurité venait ensuite, cité par près d’un quart d’entre elles, plus souvent lorsque l’enfant était dans le public (26 %) que dans le privé (15 %). D’autres familles cherchaient une option, un internat, ou un niveau d’exigence plus élevé (10 %) ou plus faible (4 %). La mobilité touchait davantage les enfants de familles monoparentales ou recomposées (de l’ordre de 30 %, contre 17 % pour ceux qui vivaient avec leurs deux parents) et les élèves en difficulté : 27 % de ceux qui avaient les résultats les plus faibles en fin de sixième, 34 % de ceux qui avaient redoublé. Les élèves du privé changeaient plus souvent de collège que ceux du public.

Pour un enfant de maternelle ou d’élémentaire, la mairie délivre le certificat d’inscription et l’école admet l’enfant : voir notre dossier sur le changement d’école en primaire, dans le privé ou en famille.

La règle de départ : le collège de votre secteur

Le territoire de chaque académie est découpé en secteurs, qui correspondent aux zones de desserte des collèges ; un secteur compte en principe un seul collège public (article D. 211-10). Les collèges accueillent les élèves qui résident dans leur zone, et le directeur académique des services de l’éducation nationale (Dasen) fixe à chaque rentrée le nombre maximum d’élèves de chaque établissement (article D. 211-11). Le ministère le formule ainsi : l’affectation est assurée « dans un collège ou un lycée proche de votre domicile, sauf demande de dérogation ». Lorsqu’un département partage un même secteur entre plusieurs collèges pour favoriser la mixité sociale, les familles classent ces collèges par ordre de préférence.

Trois interlocuteurs reviennent dans toutes les démarches : le collège actuel, qui délivre l’exeat ; le collège demandé, dont le principal accepte l’inscription dans la limite des places ; la direction des services départementaux de l’éducation nationale (DSDEN) de votre lieu de résidence, qui affecte l’élève lorsque le collège du secteur est plein et reçoit les demandes de dérogation.

Après un déménagement : rester ou changer

Un déménagement n’oblige pas à changer de collège. Selon la fiche officielle, votre enfant peut terminer sa scolarité dans l’établissement qu’il fréquente, même si votre collège de secteur n’est plus le même ; il suffit de signaler la nouvelle adresse au secrétariat.

Si vous choisissez le collège du nouveau secteur, l’ordre est le suivant :

  • demander l’exeat au collège actuel ;
  • inscrire votre enfant directement auprès du collège du secteur : l’inscription dépend de ses places et doit être acceptée par le chef d’établissement ;
  • si ce collège n’a plus de place, contacter la DSDEN de votre lieu de résidence, qui se charge de l’affectation.

Le dossier comprend notamment l’exeat, la décision d’orientation, les bulletins trimestriels de l’année écoulée, les certificats des vaccinations obligatoires, une fiche de renseignements sur les parents et un justificatif de domicile. Le collège peut demander d’autres pièces.

Lorsque l’enfant change d’établissement à la suite d’un déménagement, le code de l’éducation fixe un délai : les formalités d’inscription doivent être accomplies « dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence » (article L. 131-5). Ce délai ne s’applique pas à un changement de collège décidé sans changer d’adresse.

À Paris, et vers une autre académie

L’académie de Paris décrit la procédure pour un déménagement d’un arrondissement à l’autre. Votre interlocuteur, du début à la fin, est le principal du collège d’origine :

  • vous retirez auprès de lui un formulaire de demande de changement d’établissement au titre du secteur, à accompagner des justificatifs de la nouvelle adresse qu’il énumère ;
  • il le transmet au principal du collège de votre nouveau secteur, qui l’envoie au rectorat avec un avis motivé selon ses capacités d’accueil ;
  • si cet avis est favorable, le Dasen chargé du second degré prononce l’affectation ; dès la notification reçue, contactez le nouveau collège pour inscrire votre enfant ;
  • si l’avis est défavorable, votre enfant reste dans son collège d’origine.

Si vous quittez Paris pour une autre académie, l’académie demande d’informer le collège actuel du déménagement, puis de contacter la DSDEN de votre nouveau département de résidence. Ailleurs, le ministère renvoie aux sites des DSDEN et des rectorats, qui publient l’information sur la carte scolaire et les formulaires de demande d’affectation.

Sans déménager : la demande de dérogation

Pour un collège public hors de votre secteur, il faut une dérogation accordée par le Dasen. La demande se fait sur un formulaire retiré auprès de la DSDEN de votre lieu de résidence ; selon les cas, elle se remet au collège de votre enfant ou à la DSDEN, et certains départements la reçoivent en ligne. Si le collège demandé se trouve dans un autre département, il faut aussi l’avis favorable du Dasen de votre département de résidence (article D. 211-11). L’inscription se fait ensuite auprès du collège, avec les mêmes pièces qu’après un déménagement. Les critères, les dates et les recours sont détaillés dans notre dossier sur la dérogation à la carte scolaire.

Le motif ne décide pas seul. Une dérogation n’est accordée que dans la limite des places restant après l’inscription des élèves du secteur (article D. 211-11). Selon le ministère, la demande « sera satisfaite s’il y a de la place » ; lorsque les demandes dépassent les places, le Dasen les accorde selon un ordre indicatif :

  • les élèves en situation de handicap ;
  • les élèves qui bénéficient d’une prise en charge médicale importante à proximité du collège demandé ;
  • les boursiers au mérite, puis les boursiers sociaux ;
  • les élèves dont un frère ou une sœur est scolarisé dans le collège souhaité ;
  • les élèves dont le domicile, en limite de secteur, est proche du collège souhaité ;
  • les élèves qui doivent suivre un parcours scolaire particulier.

Plusieurs motifs peuvent être indiqués, et le ministère porte une attention particulière à la continuité des parcours linguistiques entre l’école et le collège. Le harcèlement ou le climat scolaire ne figurent pas dans cette liste indicative : chaque famille peut demander une dérogation, mais ces motifs n’y donnent aucune priorité affichée.

Le délai de réponse est encadré : la demande est « réputée acceptée » si aucune réponse n’a été donnée au bout de trois mois, à compter de son dépôt et dans le respect d’un calendrier fixé par le recteur ou le Dasen (article D. 211-11). Ce calendrier est local : en cours d’année, demandez à la DSDEN à quelle date déposer le dossier.

Si la dérogation est refusée

Le refus est une décision administrative. Vous pouvez demander à son auteur, le Dasen, de la réexaminer (recours gracieux), ou vous adresser à son supérieur hiérarchique (recours hiérarchique) ; le Dasen exerçant ses fonctions sous l’autorité du recteur d’académie, c’est le recteur. Le recours hiérarchique n’exige pas d’avoir fait d’abord un recours gracieux. En métropole, chacun s’envoie dans les deux mois, en lettre recommandée avec accusé de réception, avec vos nom et adresse, l’objet du recours, vos motifs, la demande explicite de réexamen, une copie de la décision et les pièces utiles.

Envoyé à temps, le recours interrompt le délai de deux mois pour saisir le tribunal administratif ; en cas de rejet, un nouveau délai de deux mois recommence à courir. L’administration a deux mois pour répondre, et son silence vaut rejet. En outre-mer, les délais de recours sont de trois mois.

Passer du public au privé, ou revenir

Vers un collège privé, sous contrat ou hors contrat, la démarche est plus courte : exeat du collège actuel, puis inscription directement auprès de l’établissement, avec les mêmes pièces. Aucun accord du Dasen n’est demandé, la sectorisation ne désignant qu’un établissement public de rattachement. Renseignez-vous auprès de l’établissement sur ses conditions d’admission et ses frais.

Un point à vérifier avant de partir : la bourse de collège. Elle est ouverte dans un collège privé sous contrat, mais dans un collège privé hors contrat seulement s’il est habilité par le recteur à recevoir des boursiers. Le régime du hors contrat (déclaration, contrôle, liberté pédagogique) est décrit dans notre dossier sur le cadre légal des écoles hors contrat, et la façon de vérifier qu’un établissement est déclaré dans celui sur les écoles alternatives à Paris.

Le retour dans le public dépend de l’établissement quitté. Depuis un collège privé sous contrat, vous inscrivez votre enfant au secrétariat du collège de votre secteur, avec la décision du conseil de classe qui prononce son passage ou son redoublement. Depuis un établissement hors contrat, vous vous adressez à la DSDEN : l’élève doit réussir un examen d’admission sur table, dans les principales disciplines, sur un programme défini par le Dasen ; le chef du collège demandé l’organise et préside le jury, et, en cas de réussite, le Dasen prononce l’affectation. Cet examen peut avoir lieu en dehors des périodes habituelles lorsque la demande est motivée, par exemple par un déménagement ou un événement familial.

En cas de harcèlement : qui change de collège ?

Le parent d’un élève harcelé s’adresse d’abord à la direction du collège. Selon le service public, l’établissement applique alors un protocole : entretien avec l’élève, mesures de protection immédiates (un adulte référent, une vigilance renforcée de tous les personnels), information des parents, procédure disciplinaire contre l’auteur. Le 3018, numéro national pour les victimes de harcèlement, est gratuit et anonyme, ouvert 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h.

Les textes organisent le départ de l’auteur, pas celui de la victime. L’auteur risque l’exclusion définitive ; il peut aussi être radié et affecté dans un autre établissement lorsque son comportement constitue un risque pour la sécurité ou la santé des autres élèves. Lorsque le conseil de discipline prononce une exclusion définitive contre un élève soumis à l’obligation scolaire, le recteur ou le Dasen pourvoit « aussitôt » à son inscription dans un autre établissement (article D. 511-43).

Pour l’élève victime, les fiches officielles sur le harcèlement et sur le changement de collège ne prévoient pas de procédure qui lui soit propre. Restent la dérogation, le privé et, lorsqu’il est établi, après concertation avec le chef d’établissement, que son intégrité physique ou morale est menacée, l’instruction en famille dès le dépôt de la demande d’autorisation, sans attendre la réponse (article L. 131-5). Les obligations de l’établissement, les sanctions et les recours sont détaillés dans notre dossier sur le harcèlement scolaire.

Parents séparés : qui peut demander le changement ?

Les juges rangent l’inscription ou la radiation dans un établissement scolaire public parmi les actes usuels : un parent peut la faire seul, et le collège n’a pas à vérifier l’accord de l’autre, qui est présumé. C’est au parent qui agit d’informer l’autre, par tout moyen. Le parent en désaccord peut faire connaître son opposition au collège, qui doit alors la respecter, et saisir le juge aux affaires familiales. En cas d’urgence, par exemple un changement d’école, le juge peut être saisi en référé et décider si le changement peut avoir lieu.

Quitter le collège pour l’instruction en famille

Depuis la rentrée 2022, l’instruction en famille exige une autorisation (article L. 131-5), demandée au Dasen du département de résidence entre le 1er mars et le 31 mai, pour l’année scolaire suivante. En dehors de cette période, la demande n’est possible que pour des motifs apparus ensuite et tenant à la santé de l’enfant, à son handicap ou à son éloignement de tout établissement public (article R. 131-11). Le cas de l’intégrité menacée, décrit plus haut, permet de commencer l’instruction en famille sans attendre la réponse. Le silence du Dasen pendant deux mois vaut acceptation ; un refus se conteste d’abord devant une commission présidée par le recteur. Le détail est dans notre dossier sur l’instruction en famille.

Et une école démocratique ?

Certaines familles envisagent, au moment d’un changement de collège, une école qui fonctionne autrement. L’École Démocratique de Paris, dans le 19e arrondissement, accueille selon sa page de questions fréquentes des jeunes de 5 à 18 ans, dans des groupes d’âge qui se chevauchent volontairement ; elle ne suit pas les programmes à la ligne mais s’assure de l’acquisition du socle commun. Son admission suit des étapes propres : porte ouverte, préinscription, deux jours d’immersion, décision de la famille, dossier d’inscription, puis période d’adaptation, à l’issue de laquelle l’inscription devient définitive si l’enfant, sa famille et le collectif y sont favorables, selon les places et l’équilibre du groupe.

En cours d’année, cela fixe l’ordre des démarches : l’exeat se demande au collège actuel une fois le dossier d’inscription accepté par l’école, puisqu’un enfant soumis à l’obligation scolaire doit être inscrit dans un établissement ou autorisé à l’instruction en famille (article L. 131-5). Notre association ne scolarise pas d’enfants : l’admission relève de l’école, qui fixe aussi ses frais. Si votre enfant revient ensuite dans un collège public, les règles de retour décrites plus haut s’appliquent selon le statut de l’établissement quitté. Pour en juger, lisez ce qu’est une école démocratique et la page sur l’École Démocratique de Paris.

Rencontrer l’École Démocratique de Paris

Prenez rendez-vous avec Yazid Arifi, président de l’association et de l’École Démocratique de Paris : fonctionnement de l’école, cadre légal, situation scolaire de votre enfant. Sans engagement. Notre association ne scolarise pas d’enfants : l’admission relève de l’équipe de l’école.

Ce rendez-vous porte sur l’école : il ne remplace pas les démarches auprès du collège, de la DSDEN ou de l’académie.

Sources

Cette page présente les règles générales telles qu’elles se lisent dans le code de l’éducation et dans les fiches officielles. Elle n’est pas un conseil juridique et ne remplace pas l’examen d’une situation particulière par le collège, la DSDEN ou l’académie compétente. Les sources citées ont été lues le .